Ce soir, à Pessac, trois jeunes réalisateurs bordelais montrent leurs premières œuvres, produites « hors filière ».
Stéphanie Grégoire a fait partie de la promotion qui, à Bordeaux 3, a essuyé les plâtres de la nouvelle filière artistique mention « études cinématographiques et audiovisuelles ». Elle est désormais à la tête des Films de la Gazelle, une toute jeune boîte de production cinématographique domiciliée à Bègles et dont la vocation est de donner à des réalisateurs aquitains la possibilité de travailler sur des thématiques (et avec une diffusion) internationales.
L’implantation en région bordelaise, pour elle, est « un vrai choix » et non un pis-aller. Elle considère en effet que Bordeaux est une pépinière pour une nouvelle génération de cinéastes que le circuit traditionnel a encore, semble-t-il, du mal à appréhender.
Ceux-là ne sortent pas des écoles, n’ont que peu l’habitude de monter des dossiers de productions. « Ils sont souvent venus à l’image par intérêt pour le matériel, les nouvelles technologies, qu’ils utilisent spontanément. Ce n’est qu’après avoir commencé à filmer qu’ils sont devenus cinéphiles : l’inverse des générations précédentes. Ils maîtrisent toutes les dimensions d’Internet, les formats courts, la bidouille. Par contre, parfois, la narration longue leur pose parfois des problèmes », analyse Stéphanie Grégoire.
Une pépinière
Le lieu d’expression privilégié de ces autodidactes était, jusqu’à présent, les fameuses Kino Sessions : dans ces soirées bordelaises, qui prolongent le mouvement Kino, né à Montréal en 1999, tout le monde peut participer. Le principe est de réaliser un film de 5 minutes, sur un thème donné, qui sera ensuite projeté devant tous, sans compétition ni censure.
Leur succès est extraordinaire et perdure, faisant de Bordeaux l’une des cellules Kino les plus actives parmi la centaine disséminées sur 4 continents, ne le cédant guère qu’à Montréal et Paris. « Soyons juste : dans les soirées Kino Sessions, deux tiers des films présentés sont juste de la rigolade. Mais un tiers est composé de pépites, constituant ainsi une véritable pépinière d’auteurs, reprend Stéphanie Grégoire. Il y a une véritable école Kino Session qui est en train d’émerger. Ici, le milieu du cinéma est très structuré de manière associative, avec des association de production, des auteurs autoproduits… Mais ce second milieu souffre d’un gros déficit de reconnaissance par les pros du secteur. »
Défis jeune
D’où l’idée, portée par les films de la Gazelle, accueillis par le cinéma Jean-Eustache de Pessac, de proposer cette première soirée (qui en appellera peut-être d’autres au rythme d’une chaque mois), pour rendre compte de cette effervescence nouvelle, et l’ouvrir sur le circuit professionnel en favorisant les échanges avec, notamment, des producteurs.
Trois réalisations ont été retenues. « Rencontres Africaines », réalisé par Flo Laval et Joan Vigouroux, a été tourné dans une optique de « web reportage », avec un budget total de 25 000 euros constitué d’apport personnel, d’aides à la mobilité internationale, du ministère de la Jeunesse et des sports, de la Région Aquitaine, de préventes de séquences à Orange Sport ou à des galeries commerçantes et… de feu les Défis jeunes, du temps ou Stéphanie Grégoire faisait partie du jury. Il s’agit d’un regard original sur l’Afrique du football, entre la Coupe d’Afrique des Nations et la Coupe du monde en Afrique du Sud, en 2010.
« Prypiat », réalisé par Frederick Diot, est une fiction où l’on suit un homme sur les traces de sa femme disparue au moment de la catastrophe de Tchernobyl. Le film de 15 minutes n’aura coûté que 4900 euros (Défi jeune, Crous, Université de Bordeaux 3). « Back », fiction de Paul Jaeger, dure 20 minutes et a coûté dans les 44 000 euros. Le réalisateur l’a produit via sa propre structure, Barnum Films, grâce à des fonds privés et à des internautes devenus micro-producteurs, un système qui prend de plus en plus d’importance, jusque dans le circuit professionnel.
La génération Kino Session ne peut déjà plus être ignorée. En se structurant, il est très possible qu’elle contribue à réinventer le monde du cinéma, à repenser ses modes de production, de diffusion et de mise en réseau. Bordeaux sera peut-être au centre de cette dynamique : en automne prochain, le 1 er Festival International du Film Indépendant de Bordeaux organisé par l’association Semer le doute, fin septembre ou début octobre 2012, comprendra le rassemblement mondial des cellules Kino de la planète.
« Nouveaux talents aquitains », ce soir à 20 h 30 au Cinéma Jean-Eustache de Pessac. 4,90 €.
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